Samedi 14 novembre 2009
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Perrine Corniquet vit sa passion du rugby jusque dans les townships sud-africains. Ce soir, elle ne manquera pas une miette du duel entre la France et son pays d’adoption. Photo DR L’Afrique du
Sud, c’est le choix de Perrine Corniquet. Cette rugbywoman sélestadienne y finit ses études de management et y vit le rugby au quotidien. Le rugby la poursuit depuis quelques années. D’abord à
Arras, dans son Nord natal, puis à Sélestat/Illkirch, puisque ses études de prépa HEC et en école de management l’amènent à Strasbourg. Durant plusieurs années, Perrine Corniquet, 23 ans, sera un
pilier de l’équipe fanion, engagée en première division nationale. Avant de s’envoler à Port Elizabeth, en Afrique du Sud, pour terminer sa dernière année d’études à l’université de Rhodes.
Ballerines et converses en guise de crampons « Je suis arrivée à la mi-juillet et j’y ai été très bien accueillie, explique celle qui ne manquera pas une miette de la rencontre France - Afrique du
Sud, ce soir (à 20 h 45 à Toulouse). J’ai cherché de suite à rejoindre une équipe féminine et je joue actuellement à Grahamstown, près de Port Elizabeth. C’est une équipe de township (Ndlr :
commune-ghetto en Afrique du Sud) dans laquelle je suis la seule blanche. De suite, les filles ont abandonné le Xhosa, l’une des onze langues officielles du pays, pour l’anglais. Il n’y a pas de
souci de couleur car la sensation de planter un essai est la même. La différence se situe dans le jeu. On joue beaucoup avec les avants ici, D’ailleurs il y a chaque semaine un entraînement
supplémentaire pour le paquet », commente la jeune femme. « Au rugby, tout le monde a la même couleur »On comprend alors un peu mieux le jeu des actuels champions du monde de la nation «
arc-en-ciel ». « En fait, les filles de l’ethnie Xhosa ont un gabarit plus robuste, plus proche du rugby moderne. J’ai déjà pu jouer un match à Port Elizabeth et c’est un niveau de « 1 re div. »
française, surtout en mêlée » développe-t-elle. « Le championnat, actuellement terminé, ne reprendra qu’en février. J’ai déjà été surprise de voir les filles venir à l’entraînement et jouer en
petites ballerines ou converses. Certes, les crampons dépendent des moyens financiers, mais on peut aussi très bien jouer au rugby sans protections. C’est l’esprit qui est là », sourit
l’Alsacienne. « Lors de mon premier match, sourit-elle, j’ai eu peur que mes adversaires noires, métisses ou indiennes, ne veulent prendre leur revanche sur la blanche que je suis. J’ai terminé
maquillée des traditionnels bobos et bleus, et c’est tout. Aujourd’hui, je peux circuler dans les townships sans souci car je connais du monde et je sais où je vais. Et puis, au rugby, tout le
monde a la même couleur. » Springboks jusque dans les verres !Les mentalités avancent, et les Sud Africains sont toujours unis derrière un verre dès lors qu’ils parlent de leurs « Boks » : « Comme
dans les pays anglo-saxons, ils viennent les samedis après-midi et dimanches au pub et regardent les matches à la TV. Ils connaissent la H Cup et le Top 14, essentiellement Toulouse, le Stade
Français, Biarritz, Bayonne ou Castres. Ils sont en fait très chauvins, persuadés qu’ils vont gagner. Chabal, premier nom qui ressort, et Michalak, l’ancien des Sharks de Durban et vainqueur de la
Currie Cup, sont les joueurs français les plus connus. On voit ici le rugby français comme un eldorado financier, mais aussi avec des infrastructures sportives au top et une possibilité d’éducation
conséquente pour les enfants. C’est l’assurance de se garantir un bon avenir », explique encore l’Alsacienne. « Tiens, je peux aussi vous dire qu’ils mangent durant les matchs leur traditionnel
biltong de bœuf, koudou (espèce de gazelle) ou d’autruche, sorte de viande séchée qui ressemble au bon « Landjäger » alsacien. Durant la rencontre, ils consomment de la bière mais aussi ce shooter
(boisson alcoolisée) qu’est le Springbok, une boisson faite à base d’amaruna (une sorte de bailey’s) avec une liqueur de menthe. L’ensemble fait une couleur jaune et verte… la couleur du maillot
national. Une manière d’être encore plus proche de leur équipe et de les soutenir encore un peu plus », ajoute la Selestadienne. Nets vainqueurs du dernier Tri Nations, les Sud-Africains sont-ils
inarrêtables pour le « French Flair » tricolore ? « Ce soir, au pub, on sera entre Français. Bien sûr que je serai à 100 % pour la France. Le défi sera physique, surtout en mêlée », analyse encore
Perrine Corniquet. « Je serais très contente si la France devait gagner, mais je suis surtout fan de beau jeu et de beau rugby ! » termine-t-elle en souriant. Ch. H
« Réconciliation par le sport » Dans l’Afrique du sud de 2009, la diversité s’exprime partout : la province verte au doux climat méditerranéen du Cap, les déserts arides du Kalahari et du Karoo ou
les montagnes du Drakensberg. Dans cette diversité, l’Afrique du Sud est unie derrière les « Boks », son équipe qui a été sacrée championne du monde en France en 2007. Peter de Villiers est
l’actuel et premier entraîneur non blanc de la sélection nationale. En 1991, l’Afrique du Sud est sortie de 43 années d’apartheid, ce fléau synonyme, à sa manière, du Mur de Berlin racial de
l’Afrique. « Des traces de l’apartheid subsistent, mais tout évolue et évoluera doucement, avec le temps, constate Perrine Corniquet. Par exemple, vous pouvez trouver une station essence où il n’y
aura que des Noirs et, en face, une station où n’iront que des Blancs, les habitudes sont encore tenaces. Aussi, Peter De Villiers semble être plus un entraîneur « politique » pour symboliser la
réconciliation. Il y a 3 ou 4 nouveaux dans son groupe, mais il dégage toujours une équipe type. Sous ses ordres, l’Afrique du Sud reste à ce jour l’une des plus grandes équipes nationales du
moment. De plus, les Sud-Africains ont tous un ballon dans la main dès leur plus jeune âge. Ici, la réconciliation par le sport est réelle ».